Deux cons. |
L'objectivité de la minorité. |

Le Web est un endroit formidable pour les affaires. Lieu de toutes les opportunités, tout est bon pour se faire un nom sur la toile. Malheureusement, ce qui en fait son avantage est aussi son inconvénient majeur : Une réputation entière peut avoir autant de bases solides que ce blog a de billets sponsorisés.
L’épisode d’aujourd’hui se concentrera sur le business plan d’une start-up Web 2.0 américaine atypique, que je reformulerai par : Comment récupérer 12 millions de dollars avec un client Twitter.
Reprenons l’historique de cette société.
Fin 2007, Loïc Le Meur, Web entrepreneur et blogueur le plus lu de France (à l’époque), annonce qu’il part s’installer aux USA pour monter sa nouvelle entreprise. Projet tenu secret jusqu’au lancement. Seesmic, le Twitter de la vidéo, est censé révolutionner le monde de la discussion comme l’ont fait les blogs en leur temps. Loïc, premier blogueur de France, n’a donc pas eu de mal à convaincre avec ces quelques mots ses amis Business Angels (étant lui-même Business Angel de longue date) d’investir dans sa nouvelle société.
6 millions de dollars sont ainsi injectés. Nous sommes à l’époque de la folie Youtube, cette somme paraît donc justifiée pour soutenir les coûts liés à la bande passante et à l’hébergement d’un service vidéo mondial.
Cependant, nos amis investisseurs ont oublié un détail important : La dernière entreprise créée par LLM date de la première bulle Internet. Malgré ses postes importants au sein de la société Six Apart, il n’a jamais eu à créer de nouvelle entreprise en partant de zéro depuis plus de 5 ans. Et les premières erreurs se feront vite remarquer : Une interface Web déplorable tout en Flash, un hébergement basé sur des serveurs dédiés low-cost (Dédibox), incroyable lorsque l’on compare avec les sommes en jeu et la qualité de ses partenaires.
Le résultat s’en fait vite ressentir : Malgré une nouvelle interface, une communication intense et l’intégration de la vidéo à un client Twitter renommé (Twhirl) via le rachat de celui-ci, force est de constater que le service ne décolle pas.
Et puis la crise passe par là, fin 2008, un tiers des personnes travaillant chez Seesmic a été remercié. LLM annonce vouloir supprimer tous les postes qui ne sont pas indispensables aux USA (ayant installé une filiale en Roumanie pour ses développeurs).
Seesmic ne va pas tarder à refaire parler de lui, pour opérer un des plus grands changements de cap que la Silicon Valley ait connu ces dernières années. La société annonce la mise à jour de son client Twhirl, renommé en Seesmic Desktop pour l’occasion. Surprise : La vidéo n’y est plus présente ! Et le portail sera changé quelques mois plus tard pour une page de présentation de l’application, mettant les quelques derniers milliers de fidèles au placard.

La nouvelle page de Seesmic Video, parfaite pour faire peur un soir d’Halloween.
La communauté se déchaîne, et Loïc n’arrive plus à tenir sa langue de bois habituelle consacrée à ses amis journalistes.
“Pas assez de croissance, on laisse tout, on attend. […] Je pense toujours que ça va décoller, mais… dans des années.”
Source : Vidéo Seesmic
“Je dois faire survivre ma société […] mais je reste fidèle à Seesmic. Si je n’ai pas fait de vidéo sur la migration de seesmic.com c’est à cause d’un problème technique, je n’avais pas prévu le fuseau horaire.”
Source : Vidéo Seesmic (NdA: concernant sa fidélité, sa dernière vidéo Seesmic date d’il y a 124 jours)
“Ce n’est vraiment pas ce que j’espérais que ça devienne.”
Source : Vidéo Seesmic
LLM fait ainsi face à un cuisant échec (ce que l’on traduit habituellement par “un fabuleux défi” en langue de bois entrepreneuriale). La nouvelle stratégie est simple : s’appuyer sur la seule personne compétente de la société (créateur de Twhirl), reprendre le nom médiatisé de Seesmic, et en faire un client AIR à la mode des colonnes (portée en étendard par Tweetdeck). Solution simple, simpliste. Comment espérer monétiser ces clients un jour ?
A peine lancée, son application se fait critiquer au même titre que l’interface Full Flash du temps de Seesmic Video, par ses propres investisseurs :
@arrington: @loic - you are a friend and I’m still an investor in seesmic. And I repeat, Seesmic Desktop is not ready for primetime. Unusable.
Source : Twitter
Malgré ces revers, une intense communication autour du produit (un point fort de LLM que nul ne saurait lui retirer) permet à Seesmic Desktop, puis sa version Web, de gagner quelques parts de marché. A ce jour, Seesmic est le sixième client Twitter le plus utilisé avec 3 % de parts de marché. Son homologue TweetDeck étant le premier client Twitter (derrière le site Twitter lui-même) avec 11 % de parts de marché, et ce de manière stable au cours des derniers mois.
Comment expliquer cet écart ? TweetDeck offre un meilleur produit, plus abouti, et s’est construit avec une vraie communauté, non à coups de millions de dollars. TweetDeck s’est lancé de rien, avec un seul développeur (toujours le seul à l’heure actuelle), avec une idée originale et bien mise en oeuvre, qui en fait aujourd’hui un leader indétrônable sur les clients Twitter à colonnes.
De plus, l’objectif de grossir sa base utilisateurs (raison pour laquelle Seesmic a abandonné la partie vidéo à l’origine) ne semble même pas être atteint, puisqu’après six mois d’exploitation, le trafic a tendance à revenir vers le trafic de Seesmic Video au début de l’année :

Il est bien sûr trop tôt pour annoncer la mort de Seesmic, mais nous pouvons déjà en tirer des leçons intéressantes sur le monde des start-ups :
Cela ne vous rappelle rien ?
Ces 8 leçons proviennent d’un article de Loïc Le Meur lui-même (Loic Le Meur’s Ten Rules For Startup Success).
Pour conclure sur une note plus humaniste, Seesmic Video était, il faut le reconnaître, une belle utopie qui a su faire rêver nombre de personnes parmi vous et moi (surtout vous, quand même).